Au faîte de sa gloire et plus fort de sa fréquentation, Marienbad était un véritable aimant qui attirait irrésistiblement aristocrates, têtes couronnées et fortunés de la planète. La cure thermale classique durait trois semaines qu’il fallait bien occuper. Après les soins en piscine d’eau thermale, les bains carbogazeux, les hydro-massages, les applications de boue, d’algues ou de paraffine, le curiste complétait sa journée en excursions, thés dansants, mondanités, casino, concerts, promenades. On tâchait alors d'être remarqué par les personnalités du moment, et on dressait mentalement la liste des célébrités croisées au bal, au parc ou en fiacre.
Aujourd’hui, Marienbad a tourné la page des robes longues et des montres à gousset. Mais les sentiers qui sinuent de par les parcs fleuris, la succession de sources d’eau, les incursions de la forêt jusqu'au coeur de la ville, la somptueuse colonnade en fer forgé, les palaces de dorures, de sculptures, de glace et de marbre, les Bains romains, les Thermes historiques, sont autant de reflets mordorés de son heure de gloire.
Le thermalisme s’est démocratisé, on ne va plus aux eaux pour se pavaner. Désormais, on s’y rend pour se soigner ou se détendre. On continue de profiter de l’infrastructure thermale. On continue d’aller aux sources, armé de son godet doseur, de préférence avant le petit-déjeuner. On continue de siroter son breuvage, en marchant de ce pas nonchalant typique des privilégiés qui ont le temps. Et on continue à se prendre au jeu. D'ailleurs, dans un décor pareil, peut-on faire autrement ?